19 septembre 2014

Mal à la Croissance

 
Question à 100 Euros: comment faire repartir la croissance? Ou devrais-je dire la Croissance, avec un grand C, pas comme le chômage ou la crise. La seule et unique solution à nos problèmes économiques et sociaux, voire la solution universelle à tous nos problèmes se résumerait à ce mot : Croissance. La solution pour faire diminuer le chômage? Croissance! Pour le pouvoir d’achat? Croissance! Pour réduire le déficit? Croissance! L’éducation? Croissance! Mes voisins? Crois… Si je me laissais aller à mon imagination et essayer d’imaginer un monde rempli de Croissance telle que la conçoivent nos politiciens, experts, journalistes, et autres imposteurs du système médiatique, qu’y verrais-je? Un monde rempli de joie, où tout le monde est heureux, jouissant d’un emploi en CDI, les poches pleines de pouvoir d’achat ne demandant qu’à être vidées pour l’acquisition d’ipads et autres gadgets censés rendre heureux.
 
La société dans tous ses aspects irait mieux avec la Croissance. Car figurez-vous, que si tous les gens ont un emploi et des revenus, il n’y aura plus de délinquants. Donc avec la Croissance, plus d’insécurité. Et puis avec la Croissance, il y aura même du travail pour les immigrés, donc plus de problème d’intégration. Il y aura aussi des moyens supplémentaires pour l’école, les hôpitaux, les services publics en général, la culture (pour financer les Buren et NTM de demain), les associations, et même… et même… et même… nos Armées! Enfin non, je déconne, ’faut quand même pas rêver, le budget de la Défense lui baisse tout le temps, et tout le monde s’en fout.
 
Cette fâcheuse tendance généralisée à reléguer n’importe quel problème politique, économique ou social à la question des moyens, et donc de la Croissance, est en réalité une perversion majeure du choix par la technique, du qualitatif par le quantitatif, bref du politique par l’économique. Les choix ne sont plus assumés, et l’impuissance d’ordre politique sur bon nombre de sujets est sans cesse justifiée par un contexte économique défavorable (tu comprends c’est la crise…). Mais attention, le gouvernement de “combat” est décidé à relever le defi de la Croissance! Cette perversion est un renoncement énorme de la part de ceux qui sont élus pour tenir les rênes du pays. Gouverner, c’est s’assurer justement que la Nation conserve son destin en main, et ne l’abandonne pas à des variables économiques exogènes.
 
Imaginez un débat où il est interdit de parler de Croissance quel qu’en soit le sujet: éducation, santé, justice, sécurité. Que reste-t-il? Une confrontation entre des visions, des projets, des valeurs, des idées. Cela va tout de suite mieux. La question de la Croissance n’est au fond que celle des moyens, or en aucun cas la question du financement ne peut se substituer à celle de la vision et des valeurs sans générer frustration et incompréhension. Frustration car le retour sans cesse au manque de moyens met l’Etat dans la position du “prunier” (expression chère à Alain Madelin) qui doit être secoué pour pouvoir en récolter les fruits; or dans un monde aux ressources limitées, tout le monde ne peut pas récolter les fruits, d’où la frustration contre les privilégiés et surtout contre l’Etat. Incompréhension aussi, car le dirigeant qui cherche la Croissance peut être amené à faire une chose et son contraire dans le but de faire tourner la machine économique , ce qui a pour conséquence de désorienter le citoyen naïf qui ne comprend rien à ces allers-retours, surtout lorsqu’il voit par exemple l’ennemi d’hier de la Finance monter avec ses copains (socialistes en plus) un projet de politique libérale axée sur l’offre.
 
Le fond du problème, c’est que la question de la prospérité économique occulte complètement la question du projet national. Quel projet a-t-on pour la France? Comment la voit-on aujourd’hui, demain, dans un an, cinq ans, dix ans? Des questions simples, et des réponses qui divergent, mais c’est là la beauté de la démocratie. Des débats enflammés, des coups de gueule, des engueulades, mais des hommes portés par leurs convictions, et qui eux-même savent les porter avec sincérité. Des convictions! Et pas ces débats de pseudo-experts barbants au possible, de techniciens boutonneux qui se trompent 9 fois sur 10 dans leurs prévisions et qui gardent leurs yeux rivés sur les frémissements du marché de l’emploi américain, la syntaxe de Draghi ou les selles de Barroso (J’exagère un peu mais on y arrive).
 
J’entends déjà les détracteurs qui vont m’expliquer les vertus de la prospérité économique pour la société, l’ascenseur social, la protection sociale, l’emploi, tout ça. Mais évidemment qu’on est tous pour la prospérité économique. On est tous pour le plein-emploi et contre la crise, et surtout on est tous pour avoir plus d’argent. Il faut seulement arrêter ce délire obsessionnel de la Croissance comme unique réponse à tous nos problèmes. J’aime trop la France pour ne voir en elle qu’une junkie accro aux points de “pibe”, et je doute que Napoléon ou de Gaulle n’aient eu que la Croissance comme seul projet pour le pays. Et surtout, surtout, que tout le monde se le mette dans le crâne : la Croissance, c’est fini! Mais ceci est une autre histoire…
 
Photo: partipourladecroissance.net

1 décembre 2013

Communiqué du syndicat des braqueurs


Deux de nos camarades sont tragiquement décédés au cours des derniers mois dans l'exercice de leurs fonctions. Au delà de la douleur qui nous étreint, ces tristes événements nous rappellent la dangerosité de notre métier au service de nous-mêmes. Par deux fois, nos camarades sont tombés sous les balles de bijoutiers, alors qu'ils ne faisaient que leur métier. Ce sont deux fois de trop.

Nous condamnons fermement cette nouvelle forme de délinquance commerçante, qui porte atteinte à notre droit d'exercer notre profession dans des conditions de sécurité décente. Nos conditions de travail sont devenues inacceptables, et il ne fait aucun doute que la dégradation de notre environnement sécuritaire global s'incrit dans une stratégie de mise en place d'un climat de stigmatisation de la profession de braqueur, climat nauséabond qui ne va pas sans rappeler les heures les plus sombres de notre histoire. Manifestations de soutien aux commerçants cow-boys  soi-disant "victimes" de braquage, pages et pétitions de soutien à ces mêmes commerçants, il s'agit là d'autant d'insultes aux dizaines de milliers de braqueurs qui exercent leur métier avec passion et dévouement, et dont l'ardeur à la tâche devrait même servir de modèle à cette nouvelle génération blasée de tout et intéressée par rien.

Nous tenons aussi à manifester notre mécontentement vis à vis du Président M. Hollande, et plus particulièrement de sa Ministre de la Justice, Madame Taubira, dont les déclarations étaient pourtant porteuses d'espoir: réduction des peines de prison, suppression des peines planchers, peines alternatives, ou même encore aucune peine du tout! Un agenda ambitieux, certes, mais pour lequel nous attendons autant de courage politique de la part du gouvernement que lors des grandes avancées sociétales de notre pays telles que l'abolition de la peine de mort et le mariage pour tous, car nous sommes aussi convaincus que c'est en faisant évoluer les lois que nous ferons évoluer les moeurs au sujet du braquage. Nous attendons donc que ces promesses voient le jour et se traduisent par une amélioration concrête de la vie des professionnels du braquage ainsi que de leurs familles. La plupart d'entre nous ayant grandi dans un environnement où, au quotidien, de nombreux enseignants, sociologues, éducateurs, journalistes et politiciens nous ont bien expliqué que nous étions des victimes de la société, nous ne pouvons accepter de nous faire usurper ce statut par une catégorie de nantis dont nous ne voulons que les biens. 

En 2013, nous ne pouvons tolérer d'être considérés comme des délinquants, alors qu'il y a dehors des criminels bien plus dangereux que nous, et qui sont même tout à fait reconnaissables à leur sweatshirt rose avec quatre bonhommes blancs. Il paraît même qu'ils s'assoient en groupe pour lire des textes! Face à cette oisiveté à caractère séditieux, nous, braqueurs, ne pouvons que mettre en avant l'utilité de notre profession pour la société, dans la mesure où, à l'instar du trafic de drogue, le braquage est un des seuls secteurs actuellement en croissance à deux chiffres, bien que ne bénéficiant pas du crédit impôt compétitivité. En période de récession, il fait vivre des milliers de familles, et même des quartiers entiers, et ses professionnels acceptent de travailler sans compter, de nuit comme le weekend, et ce sans la moindre reconnaissance sociale.

Inquiets pour la stabilité de notre pacte républicain, au sein duquel nous sommes convaincus d'avoir toute notre place (nous sommes des victimes je vous ai déjà expliqué!), nous sommons le gouvernement de bien vouloir prendre les mesures suivantes, car il en va de la survie du vivre-ensemble dans notre beau pays:

1) La reconnaissance du métier de braqueur comme une profession "à risque"
2) L'ouverture sans tarder d'un Grenelle du braquage réunissant le gouvernement et tous les partenaires du braquage afin d'échanger sur les solutions nous permettant de braquer en toute sécurité
3) L'interdiction totale des armes à feu pour les citoyens "civils", afin que l'usage de ces armes ne soit réservé qu'aux professionnels 
4) L'application avec effet immédiat de la loi pénale de Madame Taubira
5) La mise en place du contrat gagnant-gagnant prévoyant la souscription d'assurance obligatoire pour les commerçants afin que ce soit l'assureur (un autre VRAI délinquant) qui paie en fin de compte
6) La prise en charge de nos familles par l'Etat en cas d'accident professionnel.

Nous sommes convaincus que c'est en sensibilisant l'opinion publique sur la réalité que ous vivons que nous obtiendrons gain de cause. En effet, aujourd'hui, nous craignons pour nos vies, nos familles, mais aussi pour l'avenir de notre filière et de notre savoir-faire. Car d'après nous, il est primordial que la France arrive à rester pionnière dans ce domaine, où elle excelle depuis longtemps.

19 septembre 2013

Le DébatTrèsCon



A tout hasard, connaîtriez-vous la théorie du DébatTrèsCon? Non? C'est normal, puisque je viens de l'inventer. Néanmoins, j'ose croire que vous trouverez dans ce concept quelque familiarité, car je suis convaincu qu'il parlera à tout citoyen ayant un intérêt raisonnable pour la chose publique. Et ce particulièrement à l'heure où les médias décident de tout ce qui se dit, s'écrit et se pense, par l'intermédiaire de journalistes qui ne savent plus parler, écrire, et encore moins réfléchir.

Mais alors qu'est-ce qu'un DébatTrèsCon? (NDLA: vous m'excuserez de ne pas utiliser l'acronyme DTC de peur d'une confusion malheureuse). Je suis certain que grâce à votre instinct de fin connaisseur du système médiatique moderne à la sauce Bourdin & Co, vous en avez déjà une petite idée, et vous avez raison. Un DébatTrèsCon est un simulacre de débat entre deux positions en apparence opposées, mais dont "l'irréconciliabilité", en réalité factice, ne tient qu'au fait de nous avoir été présentée ainsi. (Une version plus politisée du dictionnaire pourrait ajouter : et dont le seul but est de détourner l'attention du public des vrais problèmes, mais nous n'entrerons pas aujourd'hui dans ce débat).

Certes, dit comme cela, ce n'est pas très clair, mais je pense que le petit exemple suivant finira de vous convaincre: Imaginez que je vous dise "Préférez-vous porter un pantalon ou une veste?". Et qu'après je vous embrouille en mettant en place toute une dynamique et un decorum qui renforcent l'illusion, en invitant des fervents défenseurs de l'un ou de l'autre ainsi que des experts de l'industrie du pressing, des sondeurs qui nous expliquent les tendances de la popularité de l'un et de l'autre dans le coeur des Français (et le rôle de la cravate tordue de François Hollande dans l'inflexion de la courbe de la veste) etc. Le Français moyen n'y verra que du feu, et se dira "ah ouais en fait c'est vrai", alors qu'au fond, c'est complètement débile, car rien n'oppose un pantalon à une veste. Au contraire, ils cohabitent très bien, car on a besoin des deux. Bref, c'est UN DEBAT TRES CON, CQFD.

C'est un peu caricatural, je le reconnais, mais bon, c'est pour que vous compreniez bien.

Prenons maintenant un cas réel : Prévention contre Répression. Je suis certain que vous avez tous déjà débattu avec votre "ami(e)" du bord opposé du meilleur moyen de traiter le problème de l'insécurité dans notre pays. Débat emblématique de l'opposition fachos  contre crassous, le débat répression contre prévention est pourtant un DébatTrèsCon. Absolument. Et je m'en vais le démontrer tout de suite.
Pour résumer, les uns disent que pour faire diminuer l'insécurité de manière significative, il faut punir sévèrement criminels et délinquants, les autres qu'il s'agit de leur expliquer dès le plus jeune âge que commettre des crimes et des délits est quelque chose de pas bien du tout.

Si, après avoir dit cela, quelqu'un est capable de m'expliquer où il y a une opposition entre ces deux idées, je me ferai un plaisir de lui offrir le macdo. En quoi punir sévèrement des délinquants nous empêcheraint de leur avoir expliqué que "délinquer" est une activité peu recommandable? Parce qu'on ne peut pas faire deux choses à la fois? D'après moi, le seul contexte dans lequel ce débat aurait un sens (et encore...) serait celui où nous disposerions de moyens limités et de choix exclusifs. Mais il s'agit là d'un débat sur les moyens, et en ce qui nous concerne, répression contre prévention est indéniablement un DébatTrèsCon. 

Etayons notre argumentation d'un exemple : le petit Michel décide, de son propre chef et sans l'accord de sa maman, d'aller prendre un esquimau vanille dans le réfrigirateur pour le manger en cachette. 

Analysons les différents scénarios plausibles de la séquence des événements:

Scénario a : 
1) Maman explique à Michel que ce n'est pas bien de se servir à manger sans en demander préalablement la permission.
2) Michel commet son larcin.
3) Maman chope Michel la main dans le sac et ne le punit pas, elle se contente de lui rappeler que ce n'est pas bien.

Scénario b:
1) Maman ne veut pas que Michel se serve dans le réfrigérateur  sans demander la permission auparavant, mais ne le lui a jamais dit.
2) Michel commet son larcin.
3) Maman fout une tarte à Michel pour le punir.

Scénario c:
1) Maman explique à Michel que ce n'est pas bien de se servir à manger sans en demander préalablement la permission
2) Michel commet son larcin
3) Maman fout une tarte à Michel pour le punir.

Franchement, en toute honnêteté, de ces 3 scénarios, lequel est le plus cohérent? Et voilà! Comme moi, vous constatez que prévention sans répression et répression sans prévention, cela n'a pas de sens. Au contraire, la répression n'est justifiée que parce qu'il existe une prévention effective, autrement dit la prévention légitime la répression. De même, la prévention n'est efficace que par l'existence d'un arsenal répressif. Autrement dit la règle, assimilée, est respectée de peur de sanctions. Prévention et répression doivent avancer main dans la main, et l'imposture qui consiste à les opposer est un DébatTrèsCon. Comme quoi, lorsqu'on y fait bien attention, Les Verts et le FN ne sont pas si éloignés l'un de l'autre.

Et si vous n'êtes toujours pas convaincus, sachez qu'il est possible d'y voir plus clair en faisant varier les paramètres : imaginez que la maman de Michel lui ait en plus expliqué pourquoi obéir à sa maman c'est bien, et qu'agir bien c'est mieux qu'agir pas bien, parce qu'agir pas bien c'est tromper la confiance de maman et qu'après maman elle est triste; et qu'en plus c'est l'anniversaire de la soeur de Michel, Julie, et que Maman a dit à Michel qu'il serait un gentil garçon s'il laissait Julie avoir le dernier esquimau (eh oui en plus c'était le dernier).

Franchement... Franchement... Franchement... Si après ça Michel il mérite pas de s'en prendre non pas une, mais DEUX tartes, je ne sais pas ce qu'il vous faut... Cela veut dire qu'à force d'être tombé trop souvent dans le DébatTrèsCon, les effets en sont certainement devenus permanents chez vous. Et que, au cas où vous ne l'auriez pas compris, on ne peut plus rien. Bref, désolé pour vous.


Vous aussi, vous connaissez des DébatsTrèsCons? N'hésitez pas à en faire part à votre serviteur et donner ainsi davantage de substance à une théorie d'avenir dans le domaine des sciences politiques, sociales et médiatiques. Et sociologiques aussi (ça fait bien).

PS : Toute ressemblance avec une tarte existante ou ayant existé serait purement fortuite de la part de l'auteur