11 août 2008

Le complexe de l'éternel second

La France est le seul pays du monde où l’on aime autant la seconde place que la première. C’est un phénomène symptomatique de ce que j’appellerais le complexe français de l’éternel second. L’histoire de France elle-même semble être l’histoire d’une nation qui a toujours couru derrière son ennemi héréditaire, que je ne citerai pas. Tout en laissant la porte ouverte aux explications diverses, force est de constater que ce complexe est aujourd’hui très prégnant.

 

Il n’y a qu’à regarder les compétitions sportives à la télévision pour s’en rendre compte, dans la mesure où le journaliste sportif est l’incarnation de cette pensée défaitiste, qui a elle-même – Ô désespoir ! – parfois déteint sur nos athlètes. En 2006, les journalistes, malgré toute leur bonne volonté, ne comprenaient pas la réaction de Domenech lorsque celui-ci refusait de défiler sur les champs après la défaite contre l’Italie. Hier, ils ne comprenaient pas la moue de Fabrice Jeannet après sa défaite en finale olympique de l’épée masculine. Mais non ! C’est une merveilleuse deuxième place ! Quant au rugby… il n’y a qu’à voir comme les Français sont crispés à chaque fois qu’ils jouent contre l’Angleterre, perdant ainsi des matches qu’ils où ils étaient largement favoris (cf Coupe du monde 2007).

 

Mis en relief par rapport à la mentalité anglo-saxonne, ce complexe de l’éternel second est criant. Alors qu’en France on aura tendance à préférer le digne perdant à l’arrogant vainqueur, aux Etats-Unis seul le résultat final compte. Nous craignons la compétition, nous ne jouons pas que pour gagner – ce n’est d’ailleurs pas un hasard que l’auteur de la devise légendaire des JO soit un Français. Mais même si l’important est de participer, il n’est dit nulle part qu’on doit se contenter de la deuxième ou troisième place ! Les sportifs français sont certainement des plus exemplaires parmi les sportifs du monde entier, aussi bien en termes de fair play que de non-recours aux produits dopants. Cependant, même si le salut se trouve avant tout dans le respect des valeurs fondamentales du sport, nous ne devons pas oublier que la gloire et la reconnaissance – deux désirs inhérents à l’humanité – se trouvent dans la volonté de victoire.

 

Syndrôme français ? Je le crains, ou tout au moins je constate qu’il ne se limite pas au domaine sportif, puisqu’à chaque fois que l’on évoque des sujets internationaux, tels la mondialisation, le pessimisme pathologique est de rigueur. « Et pourquoi on s’intégrerait ? », « et si les règles ne sont pas justes ? ». Je pense personnellement que pour avoir de l’incidence sur quelconque évolution, il faut d’abord être un winner, pas un loser. Et pour être un winner, il faut en avoir la mentalité. Cessons donc de nous contenter de la deuxième place. La France n’a jamais autant respectée que quand elle a visé la première. Alors aux armes, citoyens !

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ce n'est pas pour rien que Poulidor était français... De là à dire que la France est Poulidor dans l'âme...

Je converge vers tes réflexions sur plusieurs points abordés, en particulier le contraste entre notre nation et les anglos-saxons ; d'ailleurs je pense qu'on peut encore d'avantage y ajouter la mentalité chinoise, bien mise en valeur dans ces jeux, où l'excellence est de mise ! Pour exemple de cet état d'esprit où les sportifs sont attendus au meilleur d'eux-même, on peut citer les gymnastes, on les plongeurs qui sont proches de la perfection. Mais aussi le triste exemple de Liu Xiang , dont le forfait sur 110m haies, et plongé la Chine dans un profond malaise. Un peuple qui repose toutes ses attentes sur ces athlètes, un début très jeune dans la vie, un entrainement plus d'intensif... N'est-ce pas trop ?
Du patriotisme à l'exagération, où est la limite ?

La mentalité française, je suis d'accord, n'est pas la plus volontaire ou combative qui soit, ce qui peut expliquer que ceux que l'on attend au tournant, flanchent : Manaudou, Estanguet,Rinner, Belaubre, ... Trop de pression, ils ne tiennent pas.
Par contre je pense qu'il est bon d'être français avec notre mentalité ; même si nous ne sommes pas les meilleurs, voir pire que nous sommes décevants, l'esprit est là ! Ce n'est pas le plus glorieux certes, mais vaut-il mieux cela où un Usain Bolt hautain ne montrant aucun respect à ses adversaires (sanctionné par des regrets à ce sujet de la part du président du CIO lui-même, J. Rogues) ou d'autres comportement anti-sportifs... A choisir !

Bonnes soirée, et merci pour ce blog.

Cambronne a dit…

Salut à toi, cher... anonyme! Sache avant tout que je te remercie infiniment pour ta contribution. C'est le premier commentaire jamais posté sur mon blog et ça me fait bien plaisir qu'il soit de cette qualité, et constructif.
Sache aussi que, même si je n'exige naturellement rien de la part de ceux qui écrivent des commentaires (j'ai volontairement autorisé l'anonymat des commentaires dans mes settings), l'adoption d'un nom quelconque de ta part, même un pseudonyme, serait grandement appréciée, dans la mesure où cela faciliterait simplement le débat. Je ne tiens aucunement à avoir des informations personnelles sur toi, cela donnerait juste un peu plus d"humanité" au débat si je puis dire. Après bien sûr, la décision t'appartient.

Sur le fond maintenant, j'ai trouvé ton évocation de Poulidor intéressante, et j'ai moi-même hésité à le mentionner dans mon article. Je ne l'ai as fait dans ma mesure où je ne voulais justement pas sombrer dans le too much, dans l'exemple qui a valeur d'argument. Mais c'est vrai que j'y ai pensé, et la comparaison ne peut être complète sans qu'on ne lui associe Jacques Anquetil, qui lui a toujours fini devant Poulidor, mais qui a toujours été moins populaire.
Je suis d'accord avec toi, c'est exagéré de dire que la France est Poulidor dans l'âme. En fait, l'esprit de mon argument est même un peu différent, dans la mesure où je n'incrimine pas celui qui est second. Je constate simplement une certaine tendance (non un vérité absolue, bien heureusement), propre à la France, à manquer d'une certaine culture de la première place et de volonté d'être présent au grand rendez-vous. Or Poulidor, même s'il est l'éternel deuxième, n'a jamais manqué de combativité pour gagner le tour, bien au contraire.
La médaille d'argent, je la trouve très belle, mais je la trouve encore plus belle lorsque celui qui l'a eue a donné son maximum pour monter au plus haut. Idem pour le bronze, voire une quatrième place. J'aime quand les Français veulent être au top et essaient de s'en donner les moyens... Quitte à perdre.
Il n'est donc pas question de devenir des anglo-saxons ou des chinois - j'execre particulièrement les méthodes anti-esprit-du-sport de ces derniers pour former leurs athlètes. Mais comme je dis en conclusion, je ne trouve rien de plus beau qu'un athlète français qui a l'esprit de la gagne, même dans la défaite (cf. Jeannet, ou encore Lefèvre). Et je trouve méprisable par exemple le comportement d'Arron et Pognon qui refusent de participer au 4x100, ou encore celui des hommes du 4x100, après leur prestation mauvaise, d'affirmer leur non-regret. Et encore pire, celui des journalistes qui les orientent dans cette direction.